J’allaite, je suis contaminée par le COVID-19, puis-je prendre de l’hydroxychloroquine ?

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L’hydroxychloroquine, molécule dérivée de la chloroquine, est sur toutes les lèvres depuis quelques jours. Pourrait-on l’administrer à des femmes allaitantes atteintes du coronavirus sans danger ?

A la suite d’excellents résultats obtenus lors d’un essai clinique d’urgence réalisé à l’Institut Hospitalo-Universitaire Méditerranée Infection de Marseille, un traitement prometteur contre le COVID-19 est actuellement administré aux patients du professeur Didier Raoult directeur de l’IUH. Il s’agit de l’association de deux molécules : l’hydroxychloroquine, dérivée de la chloroquine (anti-paludique) et l’azithromycine (un antibiotique utilisé pour le traitement des infections des voies respiratoires). Ce traitement est hautement spectaculaire puisqu’il fait baisser en six jours la charge virale chez 100% des patients traités lors de l’étude, dès l’apparition des premiers symptômes.

Depuis le 16 mars 2020, date du compte rendu des résultats de l’étude menée par l’IUH de Marseille, on a pu constater une levée de boucliers en France : le comité scientifique appelle à la prudence et réclame plus de patience, en attendant qu’un échantillon plus large et plus représentatif de patients ait pu être testé sur des durées plus longues. Côté gouvernement, le Journal Officiel de la République française (JORF n°0074) publiait un décret jeudi 26 mars 2020 rendant possible la vente et la prescription d’hydroxychloroquine, décret modifié le 27 mars 2020 : seuls les malades en état grave pourront en bénéficier, ce qui relance la polémique étant donné que, plus le traitement est administré tôt, plus il est efficace et ce qui n’empêche pas plusieurs médecins de prescrire le traitement, soutenant la position du professeur Raoult.

Plusieurs de nos lectrices s’interrogent sur la compatibilité de ce traitement avec l’allaitement (et la grossesse). Nous avons fait des recherches pour vous apporter des éléments de réponse.

De quoi parle t-on ?

La chloroquine est une molécule ancienne (1949), utilisée comme antipaludique. En France, elle est commercialisée sous le nom de Nivaquine®. Il existe un dérivé de la chloroquine, l’hydroxychloroquine (dont le nom commercial est Plaquenil®), utilisé depuis longtemps dans certaines maladies auto-immunes telles que le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde. Ces deux médicaments sont dits « à marge thérapeutique étroite », ce qui signifie que la dose efficace et la dose toxique sont relativement proches. Il est donc essentiel de bien respecter les modalités d’utilisation de ces médicaments pour éviter l’apparition d’effets indésirables graves, notamment cardiovasculaires (en aucun cas il ne faut prendre ces médicaments sans prescription médicale). L’hydroxychloroquine est associée à l’azithromycine (Zithromax®), un antibiotique de la famille des macrolides, anti-bactérien des voies respiratoires et anti-viral, dans le traitement du COVID-19.

Données du CRAT (Centre de référence sur les agents tératogènes) sur ces deux molécules séparées

1- L’HYDROXYCHLOROQUINE (PLAQUENIL®)

Allaitement

  • La quantité d’hydroxychloroquine ingérée via le lait est très faible : l’enfant reçoit en moyenne 3% de la dose maternelle (en mg/kg).
  • Aucun événement particulier, notamment ophtalmologique, n’a été signalé à ce jour chez des enfants allaités par des mères sous hydroxychloquine (une cinquantaine dans la littérature).
  • De plus, le recul d’usage de l’hydroxychloroquine chez la femme qui allaite est important puisque des sociétés savantes nationales et internationales n’opposent pas de restriction à l’allaitement maternel sous hydroxychloroquine dans différentes pathologies chroniques.
  • Au vu de ces données, l’allaitement est envisageable lors d’un traitement par hydroxychloroquine.

Grossesse

    • Les données disponibles chez les femmes enceintes exposées à l’hydroxychloroquine en cours de grossesse sont très nombreuses et rassurantes.
    • L’hydroxychloroquine passe le placenta. Les concentrations sanguines néonatales mesurées au sang de cordon sont équivalentes à celles de la mère.
    • Aucune répercussion ophtalmologique n’est retenue à ce jour lors du suivi d’enfants exposés in utero.
    • L’utilisation chronique de l’hydroxychloroquine chez la femme enceinte est recommandée par de nombreuses sociétés savantes nationales et internationales dans différentes pathologies (lupus, syndrome des APL…)

2- L’AZITHROMYCINE (AZADOSE® – AZYTER® – ORDIPHA® – ZITHROMAX®)

Allaitement

  • La quantité d’azithromycine reçue par l’enfant via le lait est faible : elle est estimée à environ 4% de la dose pédiatrique (dosages effectués chez un petit effectif).
  • Aucun évènement particulier n’est retenu à ce jour chez les enfants allaités de mères sous azithromycine.
  • Au vu de ces éléments, l’utilisation de l’azithromycine est possible chez une femme qui allaite.

Grossesse

  • Les données publiées chez les femmes enceintes exposées à l’azithromycine sont très -nombreuses et aucun élément inquiétant n’est retenu à ce jour.
  • Le passage placentaire de l’azithromycine semble très faible (environ 10% sur sang de cordon et sur cotylédon humain in vitro).

Pour la femme enceinte et allaitante, les nombreuses utilisations de ces deux molécules dans le cadre du paludisme et du lupus sont rassurantes. L’’hydroxychloroquine semble donc compatible avec la grossesse et l’allaitement dans des situations où l’indication est bien validée et toujours au cas par cas. 

L’association hydroxychloroquine / azithromycine contre le COVID-19 chez la femme enceinte et allaitante

L’utilisation du traitement du professeur Raoult dans le cadre du COVID-19 est une autre problématique puisqu’il s’agit d’un nouveau traitement administré en urgence pour soigner une nouvelle maladie dans un contexte de pandémie. Il existe une étude publiée sur le site de l’IUH Méditerranée Infection qui apporte des éléments de réponse satisfaisants.  L’association des deux molécules en question (hydroxychloroquine / azithromycine) a déjà été testée sur 700 femmes enceintes pour proposer un traitement sûr, bien toléré et efficace contre le paludisme et les maladies sexuellement transmissibles pendant la grossesse, en remplacement du traitement habituel. Les conclusions de l’étude sont très rassurantes : l’association de ces deux molécules peut être administrée en toute sécurité à tout moment de la grossesse sans aucun risque pour la mère et le fœtus.

Pour conclure, l’utilisation de ces molécules durant l’allaitement et la grossesse dans le cadre du COVID-19 semble assez sécuritaire mais la décision se prend bien sûr au cas par cas en fonction de la mère, de sa pathologie, du bébé (âge, prématurité…), toujours sur le principe bénéfices / risques en se basant sur les données qui évoluent de jour en jour. Par ailleurs, un essai clinique européen (l’essai Discovery) destiné à évaluer quatre traitements expérimentaux contre le Covid-19 a débuté le 20 mars dernier sur 800 patients dans les CHU de Lyon, Nantes et Paris.

Sources :
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK501150/
https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1002/art.20648

http://lecrat.fr/spip.php?page=article&id_article=425

https://lecrat.fr/spip.php?page=article&id_article=557

https://www.mediterranee-infection.com/wp-content/uploads/2020/03/Chico-2011.-Azithromycin-plus-chloroquine-combination-therapy-for-protection-against-malaria-and-STD-infections-in-pregnancy.pdf

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=B51087B7208532F0A2B72910149FB9B1.tplgfr32s_1?cidTexte=JORFTEXT000041755775&dateTexte&oldAction=rechJO&categorieLien=id&idJO=JORFCONT000041755510&fbclid=IwAR0UJZjHVtk5zvrcsHxKxjJb1WsaO6nbvJoz3QM8kBYX_VHosGBOwMyPpWo

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000041759437&categorieLien=id

https://www.inserm.fr/actualites-et-evenements/actualites/covid-19-demarrage-essai-clinique-discovery

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